Aller au contenu principal

Peter Mertens (PTB) : "Il est urgent que nous commencions à rêver !"

Peter Mertens, président du PTB

Au coeur de ManiFiesta, Peter Mertens, président du PTB, a tenu ce 24 septembre un discours d'actualité sur la crise et sur la résistance du monde du travail: "Notre pire ennemi,c'est le fatalisme." Voici le discours intégral.

Cher(e)s ami(e)s, cher(e)s camarades,

Beste vrienden, beste kameraden,

Le MR – qui, entre-temps, est devenu un peu plus petit – a organisé son rassemblement annuel voici quinze jours. 1000 personnes étaient présentes.

Le lendemain, la N-VA a organisé son barbecue.
Des côtelettes et des cuisses de poulet pour la scission.

Il y avait 5.000 personnes.

Eh bien, nous sommes ici aujourd'hui à 7 000
7 000 personnes qui se rassemblent à la mer,
7 000 personnes de tout le pays, qui parlent la même langue,
la langue de la solidarité,
la langue de l'optimisme,
la langue du soleil.
Merci le soleil !
Merci ManiFiesta!
C'est vous qui êtes le soleil !

Aujourd'hui, je voudrais parler un peu avec vous sur ce qui s'est passé,
car, ce qui s'est passé est grave,
c'est un gigantesque hold-up, en trois actes.

Premier acte : nationaliser les dettes

Vous vous en souvenez ?
Nous avions une banque publique : la CGER
une banque avec un rendement de 3 pour-cent,
une banque où tout le monde pouvait faire des prêts hypothécaires,

une banque qui investissait dans la recherche et les logements sociaux.
Mais on nous a dit : non, le privé va faire tout ça beaucoup mieux.
Et la banque publique a dû y passer.
Elle a été vendue à Maurice Lippens,
et elle s'est désormais appelée Fortis.
En quelques années, Fortis a réalisé 25 milliards d'euros de bénéfice,
dont la moitié a été versée en cash aux actionnaires.
Fortis voulait que tout le monde se mette à investir,
investir avec l'argent de votre pension, investir avec vos économies.

Et ainsi ils ont pu utiliser tout cet argent pour aller jouer à la Bourse,
jouer au poker avec l'argent de nos pensions et avec nos économies.

Tout le monde sait ce qui s'est passé :
ils se sont retrouvés enfoncés jusqu'au cou dans les crédits pourris.

Ils ont fait faillite,

et alors, ils sont allés la queue entre les jambes

pleurer près du gouvernement :

voulez-vous, s'il vous plaît, reprendre nos dettes ?

Il y a des gens dans notre pays qui veulent que nous soyons tous des poissons rouges,

que nous oubliions tout ça directement,

comme un poisson rouge,

qui s'il fait un petit tour en rond dans son bocal,

a déjà oublié qu'il y était.

Eh bien, nous ne sommes pas des poissons rouges,

nous ne tournons pas en rond dans un bocal,

nous n'avons pas oublié.

Pas oublié ce que sont, en réalité, ces dettes publiques :

les dettes de l'État, ce sont pour l'essentiel les dettes des grandes banques spéculatrices, des dettes qui ont été nationalisées.

D'ailleurs, il n'y a rien de changé structurellement dans le paysage des
banques privées
Aujourd'hui une nouvelle crise bancaire menace
dans laquelle il n'est pas exclu qu'une banque comme Dexia fasse faillite
avec toutes les conséquences que cela entraîne notamment pour les villes
et communes

Cher formateur, cher premier ministre en affaires courantes, chers
négociateurs,
combien de temps allez-vous laisser faire les banquiers privés?
Abandonnez vos postes dans le monde bancaire!
Et faites du secteur bancaire un secteur public!

Deuxième acte : privatiser les bénéfices

Aujourd'hui on nous dit : il n'y a plus d'argent,
nous devons vivre selon nos moyens.
On nous le répète du matin au soir,
pour que tout le monde le croie.

La plupart des chômeurs en Allemagne ne peuvent même plus se permettre d'aller au Aldi.
Un chômeur en Allemagne doit surveiller le moindre de ses sous.
Il ou elle reçoit chaque mois 367 euros seulement. 367 euros !
Une caissière chez Aldi en Allemagne ne gagne pas plus de 800 euros.
Nous vivons dans un univers de petits chiffres,
... si on parle d'allocations ou de salaires.
Mais tout le monde ne vit pas dans cet univers.

Le patron d'Aldi, monsieur Karl Albrecht, a vu sa fortune grimper jusqu'à 18 milliards d'euros. 18 milliards d'euros, pour lui tout seul !
Rien qu'en 2011, en Allemagne, cinquante mille personnes sont devenues de nouveaux millionnaires.
Cinquante mille nouveaux millionnaires en une année !
Si nous vivons dans une période où chaque cent compte,
eux, ils vivent à une époque ou chaque chiffre est suivi d'au moins six zéros.

Dans plusieurs pays, il y a des millionnaires qui trouvent eux-mêmes cette situation un peu trop choquante.
Ils proposent de contribuer une fois au bien commun.
Une contribution unique, c'est un peu moyenâgeux, c'est comme verser une aumône pour racheter ses péchés.
Mais, chez nous, les millionnaires estiment qu'ils ne doivent même rien payer.

Nada. Nikske. Rien.
Le bourgmestre de Knokke, par exemple, à une demi-heure d'ici, Léopold Lippens.
Il est aussi propriétaire du club de golf de Knokke,
du club de tennis,
du jardin aux Papillons,
et, jusqu'il y a peu, du Zwin.
Qu'est-ce qu'il en dit, de cette taxe des millionnaires ?

« On ne va quand même pas punir les gens qui font tourner l'économie ? »
Et, attention, dans la famille Lippens, ils s'y connaissent,
pour faire tourner l'économie.
Son frère Maurice, par exemple, il a acheté la CGER, et construit ... Fortis.

Chers amis et camarades,
Il y a des gens qui profitent de la crise,
et qui deviennent super-riches,
tandis que d'autres doivent se serrer la ceinture.
Lundi dernier, la Banque Nationale a annoncé que, dans notre pays, les dividendes ont triplé ces dernières années. Triplé !

De 9 milliards à 26 milliards d'euros.
Payés cash aux actionnaires.

Les pertes sont allées aux gouvernements,
Les profits sont allés aux actionnaires,
et maintenant on arrive au troisième acte, et cet acte se joue aujourd'hui.
Qui va payer ces dettes ?

Troisième partie : Qui va payer ?

On nous parle sans arrêt du « fonds d'aide à la Grèce et au Portugal ».
Mais savez-vous que les Grecs et les Portugais eux-mêmes ne voient rien de cet argent ?
Tout cet argent fait un petit tour autour de l'Acropole ou du Tage et va directement sur les comptes des banques étrangères.
97% de l'argent – sois-disant donné à la Grèce - retourne immédiatement aux grandes banques étrangères
Le Grec moyen ou le Portugais moyen n'est pas plus responsable de la crise que vous et moi. Quoi qu'en dise la propagande.

Car quel est le problème en Europe ?
Il y a la crise de la dette, d'un côté.
Mais il y a aussi la politique allemande, de l'autre côté.

Comment l'Allemagne est-elle devenue si forte ?
D'abord, en appauvrissant sa propre population.
Il y a plus de 1,3 million de travailleurs qui sont pauvres, en Allemagne.
1,3 million de « working poor ».
Des bas salaires, des produits meilleur marché à l'exportation.
Mais l'Allemagne est devenue forte aussi
en plongeant les pays du sud de l'Europe dans les dettes.
Les banques allemandes ont accordé massivement des crédits au Portugal et à la Grèce,
pour que ces pays puissent acheter des produits allemands.

Et, aujourd'hui, ces mêmes banques exigent des taux d'intérêt scandaleux à ces pays.
Et, en plus, elles exigent que tout ce qui est public soit privatisé.

Ils sont en train de piller la Grèce et le Portugal, camarades.
Ces pays servent de bancs d'essai pour le reste de l'Europe.

Nous avons le devoir de soutenir la résistance,
la résistance des gens qui refusent d'encore payer,
la résistance des gens qui s'organisent.
Des jeunes, des paysans, des travailleurs, des syndicalistes
qui construisent un contre-pouvoir.
La résistance aussi de nos camarades de Grèce (du KKE) et du Portugal (du PCP)

Nous sommes tous des Grecs,
nous sommes tous des Portugais.

Ce qui arrive aujourd'hui aux Irlandais, aux Espagnols, aux Grecs et aux Portugais peut arriver demain chez nous.

Car ceux qui ont causé la crise ne sont pas seulement partis avec tous les bénéfices.
Ils ont reçu en plus carte blanche.

Carte blanche pour les banques,
carte blanche pour les marchés,
carte blanche pour BusinessEurope, la fédération patronale européenne.

Je vais citer un écrivain connu au Nord du pays.

Quelqu'un qui ose encore se mettre en colère.

C'est Jeroen Olyslaegers,
et il dit ceci :

« Il serait possible que nous vivions dans un pays dirigé par le beau jeu de la démocratie. Je le crois volontiers quand le soleil brille et que mon verre est plein. Mais ma confiance s'épuise. Nous vivons dans un repaire de voleurs. Et ce ne sont ni vous ni moi, les voleurs. »

J'accuse, chers amis. Les banques, les grands actionnaires et les millionnaires.

Je les accuse de ce hold-up colossal qu'ils sont occupés à faire.

Ils sont responsables de la crise,

et non pas le Wallon, ni le Flamand, ni le Bruxellois moyen.

C'est pourquoi nous disons : c'est leur crise, faisons-les payer !

Emportez cette affiche, collez les autocollants, diffusez le numéro spécial de Solidaire et faites-le savoir et voir :

C'est leur crise, faisons-les payer !

Il est urgent que nous commencions à rêver

Et pourtant, les grands banquiers, les spéculateurs et les millionnaires,

ce n'est pas eux nos plus gros ennemis.

Notre pire ennemi,

c'est le fatalisme.
C'est de penser que nous ne pouvons rien y faire.

Nous avons fait interdire le travail des enfants dans les mines.

Nous avons créé des syndicats.
Nous avons bâti la sécurité sociale, pierre par pierre.

Tout cela, c'était impossible, et, pourtant, ça s'est réalisé

en luttant

en osant dire non à l'état normal des choses.

Nous pouvons faire quelque chose, chers amis et camarades.

Non, ça ne va pas être facile.

Des gens viendront nous dire que nous devons être « réalistes »,

que nous devons accepter le « moindre mal ».
La vérité, c'est celle-ci :

si nous acceptons ça, ça va seulement être encore plus difficile.

Quelqu'un pense-t-il vraiment que les voleurs se contenterons de moins si nous tous, nous nous montrons « réalistes » ?

Ils prendront plus encore, tout simplement.

Réveillez-vous, chers amis qui êtes ici à ManiFiesta.

Réveille-toi, monde du travail.

Réveillez-vous, jeunes et étudiants,

il est temps de vous lever !

Croyez en votre propre force, organisez-vous et rendez les coups.

Il ne s'agit pas d'un détail par-ci par-là.

Il s'agit de l'avenir.

Il s'agit que tout le monde puisse avoir droit à un emploi décent.

Il s'agit que les jeunes puissent étudier, sans être noyé dans les dettes.

Il s'agit que vous ne vous sentiez pas coupables quand vous avez travaillé toute votre vie et que vous prenez finalement votre pension.

Il s'agit qu'on puisse aussi recevoir une pension convenable.

Il s'agit que vous ne vous fassiez plus de soucis à propos de vos factures pour vos soins de santé.

Il s'agit que vous puissiez payer votre électricité.

Il s'agit que tout le monde puisse se loger, dans une bonne maison.

Il s'agit que la justice protège enfin les gens, contre le favoritisme, contre la corruption, contre l'exploitation et contre toutes les situations d'injustice.
Il s'agit qu'il n'y ait plus de racisme, plus de discrimination ou plus de violence
Il s'agit, chers amis, d'une tout autre société.

Certaines personnes appellent ça rêver.
Mais si tout ça, ce sont des rêves,
rêvons que nos enfants puissent grandir dans une société réellement juste,
qui ne tourne pas autour des dividendes d'une petite élite,
qui ne tourne pas autour des profits de la guerre et du pétrole,
mais qui parte de la participation, des droits collectifs, de la paix,
une société socialiste !

Si tout ça, ce sont des rêves,
alors il nous faut rêver de toute urgence.
Car accepter le quotidien tel qu'il est, nous détruit.

Je vais terminer avec ces quelques mots du plus grand chanteur du plat pays, Jacques Brel :

« La plus grande folie est d'accepter ce monde tel qu'il est,
et ne pas se battre pour un monde comme il devrait être. »

Merci ManiFiesta ! 

Ferre Wycmans, secrétaire général de la LBC, a pris la parole lors du moment central.
Daniel Van Daele, secrétaire fédéral de la FGTB, s'est également exprimé.
Médecine pour le Peuple soufflait ses 40 bougies. Un hommage lui a été rendu.

Organisation

Newsletter

Restez informé. Abonnez-vous à la newsletter ManiFiesta.