« Le soutien à la Palestine grandit partout dans le monde » 

Omar Barghouti participera à ManiFiesta 2021. Rencontre avec le co-fondateur du mouvement Boycott, désinvestissement et sanctions (BDS) pour les droits des Palestiniens.

Juliette Lising

 

Plusieurs fois invité à ManiFiesta, Omar Barghouti n’avait pu venir en raison des interdictions de voyager imposées par Israël. L’année 2021 semble être la bonne, puisque l’interdiction de voyager a été suspendue. « C’est important pour moi de participer à ManiFiesta pour partager notre lutte et rencontrer d’autres militants. La libération palestinienne fait partie des luttes progressistes internationales, car elle aspire à un monde meilleur, plus juste, plus pacifique et plus digne pour tous, et pas seulement pour les 1 %. » 

 

Pouvez-vous expliquer ce qu’est BDS ? 
Omar Barghouti : Nous nous sommes inspirés de la lutte contre l’apartheid en Afrique du Sud et du mouvement des droits civiques aux États-Unis. Le mouvement BDS a été lancé en 2005 par la plus vaste coalition issue de la société palestinienne. Nous travaillons avec des partis progressistes, syndicats, groupes de femmes, et groupes LGBTQI+, des associations universitaires et étudiantes, des artistes du monde entier. Nous voulons ainsi faire pression sur les parlements et les gouvernements, afin qu’ils mettent fin à leur complicité avec l’apartheid et le colonialisme israélien. 

 

Ces dernières semaines ont été marquées par une répression féroce par l’État d’Israël du mouvement palestinien. Y a-t-il eu un soutien international à la cause palestinienne ? 
Omar Barghouti : La solidarité avec les droits des Palestiniens a explosé sur la scène internationale. Des grands syndicats indiens et sud-africains au Congrès américain, en passant par le mouvement Black Lives Matter, des célébrités d’Hollywood, de la musique et de la mode, des intellectuels de premier plan, des associations et programmes universitaires, l’élan de solidarité sincère, y compris le soutien à la campagne BDS, a été vraiment énorme. 

 

Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, a dénoncé les attaques lancées à tort et à travers contre Israël. Qu’en pensez-vous ? 
Omar Barghouti : Nous ne sommes pas surpris des déclarations pro-apartheid de la présidente de l’UE ou des chefs de plusieurs États européens. Ils devraient lire les paroles de l’archevêque Desmond Tutu, leader sud-africain de la lutte contre l’apartheid : « Si vous êtes neutre dans des situations d’injustice, vous avez choisi le camp de l’oppresseur. » Loin d’être neutres, la Belgique et d’autres États européens sont complices du colonialisme et de l’apartheid. Ils participent au commerce avec l’Israël de l’apartheid (notamment avec des entreprises opérant dans les colonies illégales d’Israël), à la coopération universitaire (notamment la recherche liée à l’armement), etc.. 

 

La perception de la situation en Palestine par le reste du monde évolue-t-elle au fil des ans ? 
Omar Barghouti : Oui. La campagne BDS a connu une croissance impressionnante. Lorsque l’ONU a publié sa base de données des entreprises opérant illégalement dans les colonies israéliennes, cela a conduit la Norvège et la Nouvelle-Zélande à se désengager des banques et entreprises israéliennes qui y figuraient. AXA, CAF, HP, G4S, Puma et d’autres entreprises complices ciblées par le mouvement BDS ressentent la pression que nous exerçons et certaines, comme HP, ont été contraintes d’abandonner une partie de leur implication dans l’apartheid. La répression d’Israël indique bien son incapacité à ralentir la croissance du mouvement BDS et son impact croissant dans le monde entier sur la lutte pour la liberté, la justice et l’égalité en Palestine.

 

L’occupation israélienne en débat à ManiFiesta. 

Aux côtés d’Omar Barghouti, la Fête de la solidarité accueillera Rania Khalek, une journaliste libanaise indépendante. Ensemble, ils aborderont comment l’apartheid israélien est en réalité un laboratoire pour la répression mondiale. Idéologies militaristes et racistes, outils de surveillance, armement : ces techniques sont d’abord utilisées en Palestine avant d’être ensuite exportées dans le reste du monde pour opprimer d’autres peuples.